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Après les Lauriers, un village qui rayonne

 

 

Quelques mois après avoir remporté le titre de Restaurant de l’année aux Lauriers de la gastronomie québécoise, la cheffe Isabelle Dupuis n’a pas eu le temps de souffler. Dès le soir de la remise du prix, les réservations de la Microbrasserie du Presbytère, à Saint-Stanislas-de-Champlain, en Mauricie, ont bondi. « C’est notre plus gros mois de mai depuis notre ouverture, confie-t-elle, encore étonnée. C’est comme si c’était un samedi de juillet à tous les jours. »

Pour suivre la cadence, l’établissement qu’elle dirige avec son complice Francis Boisvert s’est adapté en accéléré : réservation en ligne, longtemps repoussée par souci de garder le contact humain, et des heures d’ouverture étirées dès 14 heures les mardis et mercredis. Le tout à quelques mois des célébrations du 10e anniversaire de la maison.

De l’emploi et du talent

Ce nouvel élan se traduit d’abord par des embauches. On a quatre ou cinq personnes de plus qui travaillent avec nous autres, et surtout du personnel qualifié , souligne la cheffe. Deux nouvelles hôtesses, un plongeur, d’anciens employés revenus prêter main-forte et surtout des stagiaires.

L’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ), qu’elle n’osait même pas imaginer comme partenaire, lui écrit maintenant pour lui confier ses étudiants et étudiantes. Les écoles de la région – Le Collège Laflèche et l’Institut d’alimentation et hôtellerie de Trois-Rivière (Bel Avenir) – font de même. Elles vont nous envoyer leurs meilleurs, les étoiles , note Isabelle, qui voit là une belle façon de former la relève autour des produits du territoire.

Parmi ces stagiaires, il y a Caroline Jean. Cette ancienne informaticienne dans la fin quarantaine, aujourd’hui étudiante en pâtisserie de l’ITHQ par pure passion, troque la vanille pour le mélilot et le citron pour l’argousier. Ou encore Edmond, étudiant en gestion à l’ITHQ, qui a piloté l’arrivée de la réservation en ligne. Chez Isabelle, on touche à tout : On apprend dur, parce qu’on éteint des feux toute la journée. 


Rosaline et Isabelle entourent Caroline Jean, stagiaire de l'ITHQ qui a troqué l'informatique pour sa passion de la pâtisserie. | Photo : Allison Van Rassel

La plus belle promesse de l’avenir de l’établissement, pourtant, mijote en cuisine depuis longtemps. La fille d’Isabelle, Rosaline Boisvert, aujourd’hui sous-cheffe, occupe une place de plus en plus grande aux fourneaux.

J’ai ma fille qui prend de plus en plus ma place , note Isabelle, qui se voit doucement glisser vers son menu découverte, nommé L’acte de foi, à mesure que Rosaline s’approprie le reste. Celle qui, hier encore, veillait sur le burger et la sauce à poutine pétrit désormais le pain et apprend à monter les menus.

Pour la cheffe, cette transmission incarne aussi ce qu’elle souhaite offrir à toute son équipe, soit la possibilité de gravir les échelons. Je veux qu’un employé soit capable de se projeter vers l’avenir, se dire ”aujourd’hui, je suis aux salades, mais éventuellement, je vais monter saucier”, par exemple.

Voilà le genre de parcours qu’elle veut rendre possible et qu’elle n’avait pas les moyens d’imaginer auparavant. Et de voir un jeune sous-chef se former sous l’aile de Rosaline, c’est, pour elle, la roue qui tourne dans le bon sens.

Un village qui se serre les coudes

Le rayonnement déborde toutefois largement les murs du restaurant. Quand la cheffe a annoncé l’ouverture les mardis, c’est toute la communauté qui a relayé la nouvelle. Il y a vraiment une appartenance, une solidarité, puis une fierté reliée à ça, parce que je le vois sur le terrain , dit-elle.

Ses collaborateurs en profitent à plein. Sa clientèle découvre la ferme d’alpagas du coin après avoir goûté sa production à sa table, puis va y promener les bêtes. D’autres personnes repartent du marché voisin avec du lapin parce qu’elles en ont mangé chez elle la veille. L’auberge attachée au restaurant ajoute à l’aventure : on vient manger, on dort, on rayonne dans le village le lendemain.

Pour dynamiser un milieu, c’est valorisant , résume Isabelle, qui participe aussi à la communauté entrepreneuriale locale. Quand les producteurs lui disent qu’on entend parler d’eux grâce à sa cuisine, elle parle d’une fichue de belle tape dans le dos. C’est, dit-elle, le sentiment d’appartenance à une communauté.

Une clientèle encore plus curieuse

Le public, lui, a changé de visage. On vient désormais de loin, parfois en talons hauts, pour vivre l’expérience. Et cette clientèle ose. Ma clientèle est curieuse , observe la cheffe. Au menu, en ce moment, il y a de l’alpaga, du phoque, du lapin et des abats. Maintenant, on n’a même pas le temps de goûter.  Le menu s’est étoffé d’un service du midi et d’un menu découverte sur réservation, sans jamais renier sa clientèle habituelle. On ne veut pas non plus devenir un restaurant qui n’est plus accessible , précise-t-elle. On reste quand même une microbrasserie. C’est juste que j’ai peut-être tassé des choses, mais je laisse mon burger.  Pour Isabelle, la reconnaissance des Lauriers n’est pas une fin. Je le vois plus comme la reconnaissance de la place qu’on fait aux produits locaux.  Une reconnaissance qui, déjà, fait des petits.

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